Les Notes de l’INESG 01 (2016)

RÉFLEXIONS SUR LES RIVALITÉS INTERETHNIQUES DANS LA VALLÉE DU M’ZAB (Essai d’anthropologie politique)

Dr. Liess BOUKRA

Quelles sont les principales déterminations réelles à l’origine du conflit interethnique qui secoue la vallée du Mzab ? Pour y répondre, nous sommes contraints d’emprunter un itinéraire biscornu, qui chemine de la philosophie à l’anthropologie, en transitant par l’économie, l’histoire et la géographie politique. Les observateurs évoquent les logiques apparentes pour expliquer le conflit entre Chaambas et Mozabites, ces acteurs ont diverses dissemblances : ethniques (Arabes/Berbères), sociologiques (sédentaires/nomades) et tribales (clan/tribu).

Quant aux logiques sous-jacentes, il s’agit des frustrations éprouvées par les masses chaâmbis auxquelles il suffit d’un incident/prétexte (match de football, échéance électorale, attribution de logement, etc.) pour qu’un affrontement interethnique se déclenche. Pour comprendre ces frustrations accumulées, il faut suivre l’évolution des événements dans la vallée du Mzab à travers l’histoire et relire le chapitre de la Guerre de libération nationale, quand les Mozabites, fuyant la répression de l’armée coloniale, vinrent installer leurs tentes autour de Ghardaïa. L’indépendance, puis la « Révolution socialiste » ont provoqué aussi d’autres transformations (les tentes deviennent des maisons, etc.), laissant transparaître un renversement des hiérarchies sociales et des rapports de prééminence pour les Chaâmbis.

Pendant ce temps, la nouvelle couche moyenne, dérivée de la communauté arabe qui dominait déjà dans les structures de l’Etat (administration, justice, etc.), étend son contrôle sur la ville et ses symboles. L’accès au foncier devient l’enjeu fondamental à l’origine des affrontements dans la région. En présence des bases matérielles de la crise : le chômage, la misère et l’exclusion sociale, la violence veut dire « subversion de la forme nationale de l’Etat ». Dès lors, comment prendre en charge ces « abcès critiques » qui risquent de servir de relais aux ingérences étrangères mirant à nous imposer « un Printemps arabe » ? D’autant plus que les ressources matérielles et humaines (encerclement géostratégique, crise économique, etc.) existent en Algérie.